[CSS #4] Batman Silence – Noir et Blanc, édition spéciale 75 ans

1939 fut l’année de création du plus grand détective de la planète. 75 ans plus tard, le célèbre éditeur français, Urban Comics, décida de lui rendre hommage en rééditant 5 grandes histoires dans une édition noire et blanc. Batman Silence était manquant dans ma bibliothèque, j’en ai donc profité pour découvrir le chef d’œuvre du duo Lee et Loeb.

Silence raconte une histoire se basant sur les sentiments de Bruce Wayne. D’un côté il tombe amoureux de Catwoman et d’un autre, son meilleur ami d’enfance refait surface. Et bien entendu, un nouvel ennemi totalement inconnu apparait et est décidé de faire souffrir Batman.

Jeph Loeb a fait un sacré travail sur le scénario. Déjà sur Un Long Halloween et Amère Victoire – ce dernier est aussi disponible dans l’édition limitée N&B – Loeb est un grand connaisseur de l’univers de Gotham et il le fait savoir avec ce titre. Il arrive à instaurer du suspense et beaucoup de mystère concernant le nouvel ennemi. De surprises en surprises, Loeb a réussi à créer un final de folie.

Batman Silence est d’autant plus une œuvre de dingue car le scénariste a réussi quelque chose que peu arrivent sans se casser les dents : intégrer un nombre incalculable de personnages importants sans tomber dans le ridicule. Je reprends Batman Arkham City comme exemple. Dans le jeu, il y a pléthore de super-vilains : Double Face, Mr Freeze, Le Pingouin, le Joker, Killer Croc et j’en passe. J’avais trouvé leur utilisation très mal intégrée et presque inutile, c’était pour moi du fan service et rien de plus. Et contrairement à Paul Dini, Jeph Loeb a réussi a intégrer de grands méchants et rendant le tout très crédible et savamment très bien pensé.

En plus d’un scénario béton, on a du dessin de ouf. Jim Lee est une putain de machine. Ses traits font mouche à chaque fois, c’est précis, super détaillé, magnifique. Même si le travail de Alex Sinclair sur la colorisation du tome originel était très bon, il faut avouer que le noir et blanc donne un charme inimitable.

Le noir et blanc n’est certainement pas le domaine de prédilection du comic américain. Par exemple, ça marche très bien sur The Walking Dead car c’est dans le ton de l’histoire. Dans Silence, avec son ton très noir, allant vers le thriller à certains moments, le trait de Jim Lee fait son effet. Le rendu est magnifique et je ne regrette pas d’avoir fait l’impasse sur le tome colorisé.

Comme d’habitude, on a ici du très très bon travail d’Urban Comics, Batman Silence est sans conteste l’un des meilleurs récits du justicier de Gotham.

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Beyond: Two Souls. Merde j’ai aimé …

Beyond: Two Souls

Nous avons tous des petits plaisir coupables. Parfois, on n’apprécie pas certaines choses adulées par tout le monde. Par exemple, je n’aime pas Final Fantasy VII – je ne suis pas allé au bout, je trouvais ça chiant – ou encore Pulp Fiction – et pourtant je kiffe Tarantino. Cela ne m’empêche pas cependant de trouver des qualités à ces titres, mais je n’arrive pas à les apprécier, c’est tout. Et à l’inverse, avec les jeux de David Cage, je reconnais très facilement leurs points faibles et pourtant j’adore jouer à ses jeux.

Entre Quantic Dream et moi, c’est une histoire d’amour très compliquée. Passons The Nomad Soul – je n’y ai jamais joué alors qu’apparemment c’est le meilleur titre du studio – et attelons-nous directement aux 3 autres. À chaque fois, les jeux ont été terminés rapidement, je n’ai jamais réussi à décrocher avant de connaitre la fin. Exception faite avec Fahrenheit où le combat contre l’Oracle sur le toit, à la fin, m’a fait rager quelques semaines.

Jodie sans famille

Jodie Holmes est une fille ayant une sorte de pouvoir. Elle est rattachée, depuis ses premiers jours, à une entité nommée Aiden. Cette dernière est invisible, se situe très certainement dans un autre monde et a le pouvoir d’interagir avec le notre de diverses manières. Il peut déplacer des objets, appuyer sur des boutons, contrôler des humains ou même les neutraliser.

C’est sur ce constat que toute la vie de Jodie va s’articuler. Sa jeunesse, son adolescence, vont se résumer à une vie dans un institut spécialisé aux phénomènes paranormaux. Les capacités de la belle vont taper dans l’œil de la CIA. Nouvelle recrue, Jodie va suivre un entrainement compliqué dans le but de l’envoyer sur le terrain en tant qu’agent secret. Gentil toutou de l’oncle Sam, tout se passe bien jusqu’à un événement dramatique insupportable pour l’avatar joué par la jolie Ellen Page.

À partir de ce moment, la dramatique en prend un coup car toutes les merdes vont tomber sur la tête de Jodie. Accusée de trahison, traquée dans tous les USA, elle va passer par des étapes compliquées telles que vivre SDF ou tenter à survivre à de multiples tentatives d’arrestation très musclées. Je ne peux pas continuer sous peine de spoiler certaines choses bien pensées. La seule chose que je peux me permettre de dévoiler est que la finalité de l’histoire tend vers la fin du monde où Jodie fait partie des défenseurs de la planète.

L’histoire sans fin. Ou sans début. Je ne sais plus …

Tout ça c’était bien sympa. Vraiment. Cependant, pour une raison qui m’est inconnue, David Cage et son équipe ont décidé de triturer le script d’une façon que je ne comprends toujours pas.

Dans une histoire normale, le début est au début et la fin à la fin, c’est linéaire. Parfois, nous avons le droit à des flashbacks ou des flashforwards ; respectivement des histoires du passé ou du futur afin de montrer, d’expliquer des événements déjà passés ou qui vont se produire. Au pire, on a même eu des créations originales comme Memento de Christopher Nolan, où l’histoire est contée à l’envers (chapitre 20 puis chapitre 19 puis 18 puis 17, etc.) Ce dernier exemple peut paraitre étrange ou débile mais croyez-moi, le film est génial !

Expliquez-moi maintenant pourquoi le scénariste de Beyond: Two Souls n’a pas utilisé un schéma classique. Oui monsieur Cage s’est essayé dans un style propre à lui : le n’importe quoi. Je vais reprendre l’exemple des chapitres. BTS commence par la fin, disons le chapitre 20. On enchaine avec le numéro 3 puis le 5 puis le 19, le 10, le 1 … Ce n’est pas exactement ces nombres là mais ça me permet de vous faire comprendre que toute l’histoire est racontée dans un ordre totalement débile. J’approuve ce genre d’initiative mais là c’est complètement loupé !

Les chapitres ont tendance à s’auto-spoiler les uns les autres. Très tôt, on contrôle Jodie lors de sa fuite contre les autorités. On apprend aussi que ce serait suite à une trahison sans avoir vécu un moment avec la CIA. Le sentiment de surprise n’existe plus. On attend juste que le moment fatidique arrive et c’est tout. C’est comme si son destin était tracé, qu’on le connaissait et qu’on n’avait aucun pouvoir pour le changer. Beyond, c’est exactement ça : une histoire sans surprise, totalement téléphonée, du déjà vu. Même s’il semble y avoir une explication, je n’approuve toujours pas ce choix.

On s’approche fortement d’un film. Le terme « film interactif » s’applique ici, encore plus qu’avec Heavy Rain, le précédent titre. David Cage dit ne pas vouloir faire de film mais nous ne sommes pas dupe. En plus, le jeu est apparemment en format 2,35 ! À d’autres hein ;)

Et pourtant j’ai aimé

Ouais putain j’ai aimé et je ne me l’explique toujours pas. Il y a un petit quelque chose dans ce titre qui a du charme. J’en reviens encore avec la CIA mais il faut avouer qu’il s’agit sûrement des meilleurs moments du jeu (ceux avec les condenseurs aussi). J’ai particulièrement apprécié une mission se passant en Afrique où le but est de s’infiltrer sur un territoire ennemi. Pas compliqué mais profitant de tout le game design possible – mise à couvert, tir rapide, éliminations silencieuses, découverte du terrain avec Aiden et d’autres interactions intéressantes avec l’entité – ce moment, plutôt long aurait dû servir d’exemple pour le reste.

Malheureusement le jeu passe trop souvent par des moments chiants que j’ai trouvé inutiles. Sur une expérience vidéo ludique de 10 heures, je ne retiendrai certainement que la moitié. Dans le lot des choses nazes, on peut se demander s’il était vraiment utile d’avoir un moment où la pauvre fille manque de se faire violer. Personnellement je ne pense pas. Il y a d’autres séquences beaucoup plus intéressantes et émouvantes – j’ai enfin dit le mot magique !!! – comme celui de l’anniversaire pour accentuer la détresse de la demoiselle.

Je me moque un peu mais le terme « émotion » est le cheval de bataille depuis très longtemps pour David Cage. Son but est simple : transmettre un message fort aux joueurs via l’émotion. Pari à moitié rempli. J’avoue, certains passages ne m’ont pas laissé de marbre. Si le script n’avait pas été découpé avec les orteils, si les temps de chargement ne cassaient pas le rythme, si les contrôles n’étaient pas si bizarres – un nombre incalculable de fois où je ne pigeais rien dans les QTE – et si on ne frisait pas autant l’Uncanny Valley – la Performance Capture est ouf mais parfois choquante – j’aurai pu dire que tout le jeu était sur un ascenseur émotionnel. Mais non, trop de petits défauts viennent entacher le résultat.

Avant de finir, je balance une petite analyse personnelle. J’aurais aimé que les cas d’Aiden, l’entité, et l’autre monde soient plus développés. À certains moments, j’ai eu l’impression que l’auteur tentait de briser le quatrième mur en nous faisant croire que Aiden est en fait le joueur et que l’autre monde pourrait être le notre. C’est peut-être tiré par les cheveux mais si vous avez joué à ce jeu, vous avez certainement eu la sensation que, dans certains cas, l’issu d’un dilemme nous était directement demandé. Bref, je ne sais si c’était une volonté ou c’est une coïncidence mais s’il s’agit du premier cas, je trouve que ce n’est pas assez bien traité. Voilà, voilà, je retourne me faire enfermer ^^

CONCLUSION : Vous l’avez sûrement compris. Malgré ses défauts qui cassent le rythme de l’histoire, j’ai beaucoup apprécié ce dernier jeu des Français de Quantic Dream. À vrai dire, je l’ai dévoré en jouant deux fois 5 heures d’affilée, comme Heavy Rain. Beyond: Two Souls est pour moi une bonne expérience que je ne regrette pas. Je pense que cela m’aurait fait mal si j’avais dépensé 60 euros mais là à seulement 20 durant les soldes, c’est quelque chose à tenter dans sa vie de gamer.

Si vous êtes un poil curieux ou si vous aimez les oeuvres de M. Cage, n’hésitez pas. Je pourrais même conseiller ce titre à celle et ceux qui veulent découvrir le monde du jeu vidéo !

Jeu terminé en difficulté normale, en 10 heures environ. Testé à partir d’une version commerciale en boite.